Partageons mon mouton égorgé du jour : la Tabaski…

Partageons mon mouton égorgé du jour: la Tabaski…

Partageons...
Partageons…

Levé tôt ce matin, j’avais rendez vous à ma banque pour une écriture comptable. Dans les transports en commun, j’ai eu le plaisir de rencontrer un ami que j’avais perdu de vue, iDriiss. Il était accompagné de son jeune fils, A peine 5 ans, ils se dirigeaient vers la ‘’Mosquée’’. Durant le trajet de cinq minutes, on a reparlé des années fac, de notre passion partagée de l’informatique et du boulot. Non, il n’allait pas travailler ce matin, il n’était pas en grève non plus. Il avait juste posé une journée de travail pour célébrer en famille la fête musulmane de L’Aïd el-Kebir

Alors me vient une question, C’est quoi L’Aïd el-Kebir? Qu’en savais-je ? Des mots pour seules réponses : Fin de jeun, fête religieuse des musulmans etc.… J’ai pensé faire un billet à ce sujet. Comment l’écrire sans tomber dans les travers du déjà lu ? De la polémique inutile, des fausses excuses pour encore fustiger les us et coutumes de ceux qui nous sont différents etc.

Pour le titre, sans hésitation, j’ai pensé à des références du réseau social @twitter : l’œuf pondu du jour de @guybirenbaum, l’Epicier du Net qui propose tous les matins son oeuf pendu du jour,  Partageons mon avis de @jegoun qui parle de tout: S’il fallait connaître quelque chose en politique pour en parler, ça limiterait l’intérêt de la démocratie et la recette des bistros. Suivant ce conseil et, pour rester dans les voies tracées par ces adeptes de Twitter, mon billet s’intitule :

Partageons mon mouton égorgé du jour: la Tabaski Partageons mes souvenirs, égorgeons mes agapes d’antan. Je ne vous garantie pas le mouton, ni sa cuisson, ce sera peut-être qu’une vache… . Voila pour la concaténation et l’invitation au voyage…

Revenons à mon billet. Mon fils me faisait remarquer qu’il y’aurait beaucoup d’absent dans son collège ce mardi pour l’Aïd. C’est une fête courante, inscrite dans le subconscient collectif, célébré par les musulmans de France (et du monde). L’Aïd el-Kebir ou Aīd al-Kabīr (en arabe العيد الكبير, signifiant littéralement «la grande fête»), est l’une des fêtes les plus importantes de l’islam.

Je pensais ne pas l’avoir célébré, erreur. Cette une fête populaire de mes années jeunesse, à Brazzaville (République du Congo). Si, je m’en souviens, à ceci près que je la connais sous le nom de Tabaski. Oui, la Tabaski !!! Yes !!! c’est l’Aïd el-Kebir chez les musulmans de l’ouest africain.

En plus Tabaski, c’est facile à retenir.  Fête du mouton, c’est que l’on croyait. Facile car en congolais Mouton se dit N’Taba. Dans ce mot on retrouve le ‘’Taba’’ de Tabaski !!! Le lien était fait. Tabaski = Fête du mouton! En plus, c’est pas faux.

Brazzaville, sur les rive du fleuve Congo
Brazzaville, sur les rives du fleuve Congo

La Tabaski (Aïd el-kebir), commémoration du sacrifice d’Abraham, était célébrée chaque année dans les familles ouest africaines de Brazzaville, par le sacrifice d’un mouton. Je garde un très bon souvenir de cette journée particulière avec mes amis d’enfances : Baba (il était rondelet certes, mais cool), son frère ainé, Salé, les cousines Aminata, Fatoumata, etc.

Nous partagions leur repas, leur joie. La tenue traditionnelle était de rigueur. Pour les garçons et filles de mes souvenirs du Quartier Poto-poto à Brazzaville, la journée commençait par un attroupement devant l’échoppe de Mr FANTA. Distribution des sucreries, gâteaux et autres friandises. Collation traditionnelle et surtout des sourires enjoués d’une riche journée à venir.

Pour la Tabaski, les échoppes des ‘’sénégalais’’ ou ‘’Ndingari’’ (appellation péjorative attribués à l’ensemble des Ouest africains de Brazzaville Congo) étaient tenues par des salariés locaux. C’était journée de prière et surtout de partage. C’est ce deuxième volet qui nous mettait en haleine. Ce n’est pas peu dire.

Avec mes potes Baba, Salé, Diallo, Ange, Doucouré, Rémy, Bonaventure etc… nous faisions la ‘’tournée’’ des tontons et cousins de la famille FANTA. Les enfants reçoivent des offrandes lors de ces visites, des bijoux et surtout des sous, des billets de franc CFA, beaucoup de sous!!! Ils tenaient pratiquement tous des magasins de tissus, de biens alimentaires autour du Grand marché de Poto-poto Brazzaville. Oui, dans les années 70, l’essentiel du commerce de proximité était entre les mains des Ouest Africains. Ils importaient des denrées alimentaires, des ballons de tissus, géraient les ‘’boutiques’’ de divers produits d’importation, des biens électroniques, une partie de l’économie.

Autour du marché de Brazzaville

À cette occasion, Brazzaville se métamorphosait par l’omniprésence des moutons sur les marchés, par les embarras souvent inextricables de la circulation causés par les mouvements d’une population pressée de passer la Tabaski en famille ou comme nous, avec des amis. C’était aussi l’occasion de visiter les habitudes traditionnelles de nos amis ouest africains, de voir et percevoir leurs relations de parenté et d’alliance, leurs réseaux religieux et professionnels, apprendre à mieux les connaitre.

Spirituellement, La Tabaski (L’Aïd el-Kebir) commémore la soumission d’Ibrahim à Dieu, symbolisée par l’épisode où il acceptait d’égorger son fils Ismaël  sur l’ordre d’Allah, celui-ci envoyant au dernier moment un mouton par l’entremise de l’archange Gabriel pour remplacer l’enfant comme offrande sacrificielle. En souvenir de cette soumission totale d’Ibrahim à Dieu, les familles musulmanes sacrifient un mouton ou un bélier, mais parfois d’autres animaux comme des vaches ou des chèvres, en l’égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque, après la prière et le sermon de l’aïd.

Selon les traditions juive et chrétienne, tirées de la Torah (1ere partie de la Bible), dans l’épisode du sacrifice, c’est le second fils d’Abraham, Isaac son héritier qui a failli être sacrifié, et non Ismaël.

L’Aïd el-Kebir est nommé la Tabaski en Afrique de l’Ouest francophone (Sénégal, Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Togo, Niger, Cameroun) et par exemple au Nigéria. Chez les Berbères, en Afrique du Nord, il est appelé Tafaska. En Turquie, il est appelé Kurban Bayramı et dans les Balkans, Kurban Bajram.

Pour la Tabaski (L’Aïd el-Kebir) les musulmans où qu’ils soient, glorifient la grandeur d’Allah par le takbir comme suit :

Allah akbar, Allah akbar,laa ilaaha illa Allah wa Allah akbar, Allah akbar wa lillahi al-hamd

Traduction :  » Dieu est le plus grand, Dieu est le plus grand, il n’y a pas d’autres divinités à part Allah et Dieu est le plus grand, Dieu est le plus grand et à lui seul lui sied la Louange. »

Ils doivent le prononcer autant qu’ils peuvent dans les mosquées, dans les maisons et les marchés. Les hommes le proclament à haute voix tandis que les femmes le font à voix basse, depuis la veille jusqu’à la prière du lendemain, jour de fête. Le matin très tôt, les musulmans mangent un nombre impair de dattes selon la sunna, puis après s’être purifiés par les ablutions et s’être parés de leurs plus beaux vêtements, ils se rendent au lieu de prière (à l’extérieur). Ils prient deux unités de prière et écoutent le sermon de l’imam qui les exhortent à craindre Dieu et à multiplier les actes d’adoration et de dévotion et à les parfaire afin qu’ils récoltent le succès au jour de la Résurrection. Enfin, l’imam égorge sa bête (mouton, chèvre, vache, chameau…) au nom d’Allah, sur le lieu de sacrifice ensuite les fidèles l’accomplissent à leur tour. L’islam incite les croyants à remercier Dieu pour ses bienfaits, et à partager la viande avec les plus pauvres dans un esprit de recueillement et de fraternité… Cette tradition s’appuie sur la sourate 22 (dite du « pèlerinage »).

Boulevard de la tolérance ?
Boulevard de la tolérance ?

Pour nous les enfants, la ‘’récolte’’ financière était toujours bonne. Des dizaines de billets de franc CFA remplissaient nos poches recousues pour l’occasion. Nous étions les rois de la ville. C’était l’occasion des grandes dépenses, des folies. Visite du Parc Zoologique, repas fastueux dans les pâtisseries chics du centre ville, déplacement en taxi, achat de présents onéreux au centre commercial ‘’Score’’ habituellement réservé au pouvoir d’achat de expatriés français et autres occidentaux de la ville.

Nous en profitions souvent pour équiper notre club de foot amateur de beaux maillots (souvent des Tee Shirt sur lesquels nous imprimions le nom du club et les dossards à la peinture), achat des ballons de foot etc. On se permettait tout, on pouvait. La Tabaski ?, c’était notre YesWeCan des années d’insouciance…..

Dimanche, j’irai à Notre-Dame-de-Fourvière, je saluerai Marie en brulant un cierge et je dirai à Notre Père, qui est aux cieux, que la tolérance soit sanctifiée. Amen.

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7 réflexions au sujet de « Partageons mon mouton égorgé du jour : la Tabaski… »

  1. Je comprends…
    Le problème des fêtes réligieuses s’inscrit dans un climat social qui occulte les aspects fraternelles et de partage de celles ci. Ajoutons à cela des revendications politiques et sociales loin de la simple pratique familliale.
    Enfin, j’ai voulu temoigner, non pas pour valider les revendications sous jacentes, mais pour rappeler aux uns et aux autres que la Tabaski (ou l’Aïd) est, au dela du réligieux, une opportunité pour le vivre-ensemble dans l’esprit de Liberté-Egalité et Fraternité.Et rien d’autres…

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