Séisme: Le témoignage de Voltaire, [Poème].

Japon, 11 Mars 2011

Entrailles, Terre, Colère. Oui encore…. Au Japon, un séisme d’une magnitude 8,9 sur l’échelle de Richter, s’est produit ce 11 mars au large de la côte nord-est du Japon, suivi d’un tsunami de dix mètres sur la côte de Sendai.

Le bilan est encore incertain. Il y aurait plusieurs centaines de victimes, de nombreux disparus et d’importants dégâts. La secousse a été ressentie jusque dans la capitale Tokyo. Des alertes au tsunami ont été déclenchées également sur les cotes russes, aux Philippines, en Indonésie, à Taiwan, aux îles Marianne ou encore à Hawaï. C’est le plus violent séisme jamais enregistré dans l’archipel nippon.

Ce séisme en rappel d’autres. Haïti le 12 janvier 2010, magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter, puis 20 janvier (6.1). Bilan : plus de 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abris.

Très peu de gens se souviennent de celui de Lisbonne le 01 novembre 1755. Le tremblement de terre de Lisbonne a eu lieu à Lisbonne (Portugal) le 1er novembre 1755 à 9h40 du matin. Selon les sources, il y’a eu entre 50 000 et 100 000 victimes. La secousse fut suivie par un tsunami et des incendies, qui détruisirent la ville de Lisbonne dans sa quasi-totalité. Ce séisme, le premier à avoir fait l’objet d’études scientifiques poussées, entraîna la naissance de la sismologie moderne. Les sismologues estiment sa magnitude entre 8,5 et 8,7 sur l’échelle de Richter. La secousse aurait été ressentie jusqu’au Maroc.

Ce fait historique se trouve dans l’héritage de la poésie de Voltaire (Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756). Ce poème que je vous propose a fait l’objet d’une polémique en son temps, avec Rousseau. Lisons et, éprouvons.

« O malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices :
Lisbonne est abîmée, et l’on danse a Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.
Croyez-moi, quand la terre entr’ouvre ses abîmes,
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.(…) »

(extrait du Poème sur le désastre de Lisbonne, Voltaire, 1756)

La réponse de Rousseau dans une  »lettre à Voltaire » est à lire dans les commentaires. En attendant les vôtres.

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2 réflexions au sujet de « Séisme: Le témoignage de Voltaire, [Poème]. »

  1. « Tous mes griefs sont donc contre votre poème sur le désastre de Lisbonne…. »

    J’évoque un de ses livres précédents dans lequel « …je montrais aux hommes comment ils faisaient leurs malheurs eux-mêmes, et par conséquent comment ils pouvaient
    l’éviter …

    Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eut été beaucoup moindre et peut-être nul ; Tout eut fui au premier ébranlement, et on les eût vus le lendemain à vingt lieues de là, tout aussi gais que s’il n’était rien arrivé ; mais faut rester, s’opiniâtrer autour des masures, s’exposer à de nouvelles secousses, parce que ce qu’on laisse vaut mieux que ce qu’on peut emporter.

    Combien de malheureux ont péri dans ce désastre, pour vouloir prendre l’un ses habits, l’autre ses papiers, l’autre son argent ? …Vous auriez voulu (et qui n’eût pas voulu de même ?) que le tremblement se fût fait au fond d’un désert plutôt qu’à Lisbonne. Peut-on douter qu’il ne s’en forme aussi dans les déserts ? Mais nous n’en parlons point, parce qu’ils ne font aucun mal aux Messieurs des villes, les seuls hommes dont nous tenions compte… »

    Signé: Rousseau

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  2. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour ces deux philosophes, mais il me semble que, aujourd’hui, la polémique entre eux, au sujet du remblement de terre de Lisbonne, a plus une valeur historique (histoire de ces philosophes et des croyances de l’époque) que réellement philosophique. Personnellement, je croyais que Voltaire saisissait cet événement dans le but de mettre en doute l’existence même de Dieu, ce qui ne semble pas vraiment être le cas; quant à Rousseau (comme Leibniz ou Kant), il continue de postuler l’existence de Dieu par le simple fait qu’il  »a envie d’y croire, car ce serait trop triste de mourir, après une vie de douleur, sans espoir d’un au-delà ». Je ne vois guère ce qu’il y a de vraiment philosophique là-dedans. Si, de son côté, Voltaire avait fait le parallèle entre les écrits bibliques présentant un Dieu jaloux et cruel et les événements naturels qui émaneraient de cet être comme des conséquences logiques (Dieu est cruel et ne peut que produire de la cruauté), le propos m’aurait semblé plus intéressant.

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