Aimé Césaire, Place des Grands hommes… Et, elle est debout la négraille!

Aimé Césaire, Panthéon 06 Avril 2011

Aimé Césaire ? C’est une bibliothèque toujours vivante désormais au Panthéon des hommes. Il a rejoint une autre référence du subconscient noir Félix Eboué dans la Place des grands hommes de la République.

Mon premier souvenir sur Aimé Césaire remonte à mes 8-9 ans. Je me revois rue Dahomey à Brazzaville (Congo), j’étais intrigué par le nom: Aimé Césaire! J’ai d’abord trouvé ce nom très joli à prononcer, avec une bonne consonance. Pas très noir comme patronyme. On se plait alors à découvrir sa douloureuse histoire, celle de l’esclavage, de la traite négrière, des îles des caraïbes, des Antilles… Surtout, on admire sa réussite scolaire et universitaire, ses combats sur l’identité de cette minorité (déjà) visible en France.

Sa véhémence exprime au fond un vrai attachement aux valeurs de la République. Il n’était pas indépendantiste, plutôt Républicain dans ses différents devoirs citoyens (Député, Maire, etc..): Français à part entière ? Non, il aimait dire ‘’Français entièrement à part’’. Français, Négritude….

Ces souvenirs sur Aimé Césaire sont indissociables de Léopold Sedar Senghor, autre fierté du jeune noir des années 70 dans ce quartier de Poto-Poto Brazzaville. ‘’J’apprends le français aux petits français de la France’’ disait Senghor. Phrase magique d’une admiration sans fin! Petit, on a les références morales et littéraires qui nous ressemblent…

A l’école, le ‘’Cahier de retour au pays natal’’ d’Aimé César a permis de conforter mon identité de Nègre. Nègre je suis et Nègre je resterais pour reprendre le titre de son dernier ouvrage paru en 2005. Dans un passage situé vers la fin du Cahier d’un retour au pays natal (pour célébrer la libération de l’Afrique), on peut lire:

Elle est debout la négraille !

La négraille aux senteurs d’oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté
Et elle est debout la négraille
la négraille assise
inattendument debout!
debout dans la cale
debout dans les cabines
debout sur le pont
debout dans le vent
debout sous le soleil
debout dans le sang
debout et libre
debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite et la voici :
plus inattendument debout!
debout dans les cordages
debout à la barre
debout à la boussole
debout à la carte
debout dans les étoiles
debout et libre
et le navire lustral s’avancer impavide sur les eaux écroulées.

Extrait de Cahier d’un retour au pays natal, Présence africaine (texte de l’édition 1956).

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