L’accent: Indication d’origine ou marqueur social?/ par Didier Goux

Dans la sphère des Gens-de-Lettres-des-blogs, il y a un personnage (presque) incontournable: Didier Goux. Affreux Pathétique, Réacde droite pour les uns, belle plume pour les autres, même pour ceux qui ne partagent pas toujours son avis.

Il se définit comme un écrivain-en-bâtiment. Il manie « le Français avec beaucoup d’aisance littéraire et la forme d’écriture qu’il emploie est sans doute l’une des plus intéressantes du lot » pense Frederic Quillet dans un portrait de l’artiste. Et rajoute: « Son aisance littéraire l’amène à recevoir une certaine reconnaissance de ses congénères pas uniquement ancrés à droite ».

Dans mon billet intitulé  »Un accent? Non merci, j’ai le mien », il a laissé un commentaire assez instructif sur ces problèmes d’accent et surtout  celui du non-accent en France. Ce point de vue mérite une lecture publique. Avec son accord, partageons la Tribune de Didier Goux…

L’accent: Indication d’origine ou marqueur social?

Par Didier GOUX.

Bien entendu, cette histoire de “non accent“ relève au départ de la convention: en gros, l’accent majoritaire, ou bien utilisé majoritairement par les “élites“, a disparu en temps qu’accent, il a cessé d’être perçu comme un accent parmi d’autres. Du coup, et jusqu’à une date récente, tous ceux qui aspiraient à faire partie de telle ou telle élite se devaient de perdre leur accent originel s’il en avait un – et c’est en effet ce qui se passait: pas d’accent marseillais chez les speakers de la radio, par de gutturalisme alsacien à la télévision, etc.

On oublie aussi trop souvent que, pendant longtemps, et jusqu’aux années soixante incluses, l’accent n’était pas seulement une indication d’origine géographique, mais aussi, et peut-être surtout, un marqueur social. En gros, les fils de paysans et d’ouvriers avaient l’accent de leur région, les fils de la bourgeoisie ne l’avaient pas.

Il y a de nombreux exemples, de ce que je dis: est-ce que François Mauriac avait l’accent de Bordeaux? Ou Philippe Sollers? Est-ce que Charles Trenet parlait comme une fleuriste de Narbonne? Ou Brassens comme un marin Sétois ? Ou Giono comme un lavandier provençal ? Pensez-vous que Bernanos avait l’accent picard? Etc..

Je me souviens qu’un jour un journaliste demandait à Jean Lacouture (homme de gauche certifié, n’est-ce pas?) pourquoi il n’avait pas l’accent de Bordeaux, justement. Lacouture avait eu une sorte de haut-le-corps et avait répondu assez sèchement quelque chose comme: dans mon milieu on n’avait pas d’accent! Et si jamais on l’avait un peu, les Bons Pères se chargeaient de vous le faire perdre rapidement!

Signé Didier GOUX

Avec ou sans accent, le service après-Goux est ouvert