«Django unchained» de Tarantino: Partageons l’avis d’un noir…

DjangoNoir, «Négro», ce mot a été cité je ne sais combien de fois dans le dernier «Django Unchained» de Quentin Tarantino, d’où son insertion volontaire dans le titre de ce billet-édito. Expression péjorative par essencetitre de noblesse ou adjectif mélioratif, si l’on se réfère aux écrits de Aimé Césaire. Oui, Miserere Nobis. C’est donc sous le prisme de cette identité que je vous livre mon avis sur «Django». Essayons de faire critique-cinéma, sans complainte.

Dimanche, en famille, on a attendu la séance de 16h45 pour voir ce péplum noir qui a fait couler tant d’encre aux États-Unis: Film raciste, utilisation abusive du mot «négro», falsification de l’histoire etc. Pour Spike Lee, ce film est «irrespectueux» envers ses ancêtres affirmant que l’esclavage ne se réduisait pas à un western spaghetti. « It Was A Holocaust. My Ancestors Are Slaves. Stolen From Africa. I Will Honor Them”. Bande annonce…

La brutalité de la première scène est à l’image du film. Ces « hommes noirs », enchainés les uns aux autres, les regards vides, les tibias endoloris, accompagnés par ces négriers, un choc. Une immersion totale dans l’univers de l’esclavage. Les lectures d’antan prennent vie en 16/9, les cris d’une douleur enfouie résonnent à nouveau en Dolby Surround. Natif de la côte africaine, j’ai beaucoup chance, je suis né au 20ème siècle…

Pendant les 2heures44 du film, j’avais beau me dire: «ce n’est qu’un film, c’est juste une fiction», je ne pouvais pas, ne pas faire ce «voyage intérieur» vers cette sombre période de l’existence noire. Ce Tarantino a rouvert cette blessure morale qui, inconsciemment, fonde mon identité de «noir». Vivre avec la peur des rechutes d’arrogance des autres, au quotidien…

Ok, ce n’est qu’un film. N’empêche. Être vendu, chosifié et à la merci du 1er con (la caricature du blanc-con par Tarantino est exagérée) n’est pas une sinécure. Ressentir chaque coup de fouet comme porté sur sa propre chair, se mordre la langue pour ne pas crier sa douleur face à certaines scènes (ce noir, fugitif livré aux chiens jusqu’à ce que mort s’en suive, ce combat de coqs entre deux noirs, bêtes de foire dans ce salon feutré, la mise à l’isolement des esclaves, sous le soleil, sans eau, ces soubrettes, ces gens-de-maison etc.) etc. Il fallait tenir malgré l’envie de quitter la salle, attendre The End comme une libération, pour ne plus être prisonnier de ce voyage. Mémoire Unchained...

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Difficile de dire si j’ai aimé (ou pas) ce Tarantino. Difficile d’aimer un film qui vous renvoie une identité souillée toutes les minutes, Difficile d’aimer cette souffrance qui vous marque malgré vous. Difficile d’accepter que l’injustice devienne l’excuse de la violence. On peut cependant aimer, de voir la salle s’indigner de cette bestialité ou, éprouver un malin plaisir de voir les autres «souffrir» de l’image de leurs semblables. Plaisir macabre de les imaginer se dire «Oh Mon Dieu C’était aussi horrible que ça? En plus, on l’a fait au nom de Dieu!» Etc. Le malaise était palpable dans la salle obscure du Pathé-Vaise, sombres sentiments et réflexions face à l’atrocité de l’homme sur l’homme.

J’ai demandé l’avis de mes enfants. Mon fils : ‘’J’ai aimé ce film car il m’a beaucoup appris sur les relations «Noirs et blanc». J’ai aussi aimé le fait qu’un homme noir monte à cheval (ce qui était interdit à l’époque) et collabore avec un homme blanc, à égalité ». Pour ma fille : « Film intéressant qui retrace l’histoire de la traite des noirs à travers Django. J’ai aimé le fait qu’il soit libre et son combat pour retrouver sa femme, mais surtout, le fait de faire payer aux autres les souffrances qu’ils ont cruellement vécues». Prévoir un débriefing dans la semaine.

D’une façon générale, Tarantino met en évidence l’humain face à ses limites, revisite nos valeurs et mesure le chemin parcouru. J’ajoute, le contexte social définit notre humanité et ces faits ne sont pas le propre de l’Amérique, la fleur de Lys des rois de France peut se lire sur la joue balafrée des esclaves. Django n’est pas un héros, mais un chanceux lancé dans une quête personnelle. L’humanité dans ce film est à mettre au crédit de l’opportuniste chasseur de prime allemand, qui s’est découvert des vertus de « sauveur d’esclaves », au péril de sa vie. Il avait lu Alexandre Dumas. Ce « Django unchained » reste un film, ne pas en faire une pièce à conviction pour une quelconque accusation, le vivre comme un témoignage d’un passé douloureux qui peut ramener à la surface, chez certains, d’amers sentiments.

A voir, pour réduire la géographie de l’ignorance. Le générique de fin, c’est une réflexion avec soi. Je le reverrai volontiers en DVD Blu-Ray, chez moi, avec un p’tit verre… de blanc.

Billet-édito publié sur MédiaVoxLOGO-MEDIAVOX-BETA

THE END.

A suivre: Lincoln de Steven Spielberg

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