Un complot contre la France? l’économiste P. Krugman récidive…

P Krugman NYTimesL’économiste américain, Paul Krugman, Prix Nobel d’Économie, consacre un troisième billet sur la dégradation idéologique de la France par Standards & Poors.

3 désintox économiques sur la France en 3 jours! c’est rare, une première qui mérite qu’on s’y attarde encore une fois. Dans son dernier opus, il enfonce le clou et parle « Complot contre la France« . La RTBF a eu la bonne idée de traduire le texte en français, je vous le livre in extenso. Je cède donc ma place à Paul Krugman, mon éditorialiste d’un jour sur Extimités (politiques).

The Plot Against France (Le complot contre la France)

Krugman_New-articleInline-v2[Paul Krugman]. Vendredi, la note de la France a été abaissée par Standard & Poor’s, l’agence de notation. Cette décision a fait les gros titres, avec beaucoup de rapports suggérant que la France est en crise. Mais les marchés ont à peine cillé: les coûts d’emprunts de la France, proches de leur niveau le plus bas, ont à peine bougé.

Que se passe-t-il donc? La réponse, c’est qu’il faut considérer la décision de S&P’s dans un contexte d’une politique plus générale d’austérité fiscale. Et je parle bien de politique, pas d’économie. Car le complot contre la France – je suis un peu taquin mais il y a vraiment beaucoup de monde qui tente de discréditer ce pays – est la preuve éclatante qu’en Europe, tout comme en Amérique, les houspilleurs de la fiscalité ne se soucient pas vraiment des déficits. Ils utilisent plutôt les craintes liées à la dette pour mettre en place un agenda idéologique. Et la France, qui refuse d’entrer dans ce jeu, est devenue la cible d’une propagande négative incessante.

Laissez-moi vous donner une idée de ce dont il s‘agit. Il y a un an, le magazine The Economist déclarait que la France était « la bombe à retardement au cœur de l’Europe« , avec des problèmes qui pourraient faire passer ceux de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie comme minimes. En janvier 2013, les spécialistes de la finance sur CNN ont déclaré que la France était en « chute libre« , que le pays « se dirigeait tout droit vers une prise de la Bastille économique« . L’on retrouve ces avis dans bon nombre d’éditoriaux économiques.

Au vu de cette rhétorique, l’on s’attend à voir le pire lorsqu’il s’agit des chiffres français. Ce que l’on trouve, plutôt, c’est un pays en difficulté économique – qui ne l’est pas?  – mais qui va plutôt aussi bien ou même mieux que la plupart de ses voisins, à l’exception notable de l’Allemagne. La récente croissance française est très lente, mais bien meilleure que celle, disons, des Pays-Bas, qui a toujours son triple A. Selon les estimations standard, les travailleurs français étaient en fait un peu plus productifs que leurs homologues allemands il y a une douzaine d’années, et devinez-quoi : c’est toujours le cas.

Pendant ce temps, les projets fiscaux de la France semblent vraiment peu alarmants. Le déficit budgétaire a fortement baissé depuis 2010 et le Fonds Monétaire International s’attend à ce que la dette par rapport au PIB reste plus ou moins stable dans les cinq ans à venir.

Qu’en est-il du fardeau à plus long terme que représente le vieillissement de la population? C’est un problème en France, comme dans toutes les nations aisées. Mais la France a un taux de natalité plus élevé que la plupart des pays européens – en partie grâce à des programmes gouvernementaux qui encouragent les naissances et qui simplifient la vie des mères qui travaillent – de sorte que ses projections démographiques sont bien meilleures que celles de ses voisins, y compris l’Allemagne. Pendant ce temps, le système de santé remarquable de la France, qui propose de la grande qualité à faible coût, va être un gros avantage fiscal pour l’avenir.

A la lecture des chiffres, il est donc difficile de voir pourquoi la France mérite un tel opprobre. Encore une fois, que se passe-t-il ?

Voici un indice: il y a deux mois, le commissaire européen des Affaires monétaires et économiques, Olli Rehn – et l’un des principaux acteurs des politiques fortes d’austérité – a balayé d’un revers de main la politique fiscale apparemment exemplaire de la France. Pourquoi? Parce qu’elle était basée sur une augmentation des impôts plutôt que sur des coupes dans les dépenses – et des hausses d’impôts, déclarait-il, allaient « détruire la croissance et handicaper la création d’emplois« . En d’autres termes, peu importe ce que j’ai dit à propos de la discipline fiscale, vous êtes censés démanteler le filet de sécurité sociale.

L’explication donnée par S&P’s pour avoir baissé la note, bien que moins clairement énoncée, revient à la même chose : la note de la France a été baissée parce que « l’approche actuelle du gouvernement français face aux réformes budgétaires et structurelles vers la taxation, ainsi que vers les marchés de production, de service et du travail, est peu susceptible d’augmenter de façon substantielle les perspectives de croissance à moyen terme« . Une nouvelle fois, peu importent les chiffres du budget, où sont donc les baisses d’impôts et la déréglementation ?

L’on pourrait penser que Rehn et S&P’s basent leurs exigences sur des preuves solides selon lesquelles les coupes dans les dépenses sont en fait bien meilleures pour l’économie qu’une augmentation des impôts. Mais ce n’est pas le cas. En fait, des recherches au FMI démontrent que lorsque l’on tente de réduire les déficits en pleine récession, le contraire est vrai: les hausses d’impôts temporaires font bien moins de mal que les coupes dans les dépenses.

Ah, et lorsque les gens se mettent à parler des merveilles d’une « réforme structurelle« , il nous faut  prendre tout cela avec de gigantesques pincettes. C’est surtout un nom de code pour parler déréglementation – et les preuves sur les vertus de la déréglementation sont décidément mitigées. Souvenons-nous de l’Irlande qui reçut des compliments pour ses réformes structurelles dans les années 1990 et les années 2000 ; en 2006 George Osborne, aujourd’hui ministre des Finances britanniques, la qualifiait « d’exemple brillant« . Comment cela a-t-il tourné ?

Si tout ceci semble familier aux lecteurs américains, c’est normal. Les houspilleurs de la fiscalité américaine se sont tous avérés, presque sans exception, être plus intéressés par le fait de sabrer dans Medicare et la Sécurité sociale que par le fait de s’attaquer aux déficits. Les « austériens » européens se révèlent être du même acabit. La France a commis ce pêché impardonnable d’être fiscalement responsable sans infliger de douleur supplémentaire aux gens pauvres et peu chanceux. Et cela doit être puni].

Paul Krugman, 10 Nov. (traduction)

Lire aussi:

1. Une dégradation purement «idéologique» de la France (08 nov.)…
2. «Non-Crisis France», Paul Krugman persiste et signe (09 Nov.)
3. The Plot Against France (10 nov.)…

.

Le curieux silence de la presse économique (et politique) française sur ce tripleA (AAA) du Nobel d’économie laisse penser qu’il y a un « complot« . S’il avait écrit à charge contre la France et l’actuel gouvernement, l’horloge parlante allait sonner à plein tube, enfin je suppose. A moins que le Ministère de l’économie, ou un organisme privé l’invite en France….

Publicités

26 réflexions au sujet de « Un complot contre la France? l’économiste P. Krugman récidive… »

  1. Je persiste à penser que c’est un complot largement organisé par les médias de la (haute) classe moyenne. Tout le monde hurle contre le choc fiscal car on leur a tellement dit qu’ils allaient crouler sous les impôts qu’ils sont persuadés que c’est la cas. Hors les mesures (de la loi de finance 2012 donc votées sous l’ancienne majorité) dans le pire des cas auraient fait augmenter de 750 euros les impôts sur 100 000 euros d’épargne sur 7 ans…autrement dit cela ne concerne même pas des gens qui gagnent plusieurs fois le revenu médian.
    Les médias sont coupables d’oser relayer cette vaste fumisterie, ils sont pas foutus de prendre une calculatrice. Même le monde prend des exemples grotesques avec des revenus dépassent les 100 000 euros par an pour donner des exemples. Revenus qui permet d’ailleurs très largement d’investir dans des niches de façon à payer moins d’impôt en % qu’un smicard (même warren buffet avoue moins payer d’impôt en % que sa femme de ménage)

    J'aime

  2. Comme d’habitude le problème ne vient pas de l’impôt sur le revenu, mais de la TVA que même les très pauvres paient. Il faut inverser les proportions des deux recettes, supprimer la plupart des niches, remettre un max de tranches. Et pour la TVA on baisse la plupart des pourcentages, sauf sur les produits de luxe (grosses voitures, bijoux, parfums, caviar, alcool de plus de 20° repassant tous à 30%).

    J'aime

    1. Calculer la tva à 20% qu’un menage paye avec un revenu de 4000 euros une fois loyer assurance essence alimentation sante livre payés? Meme augmenter la tva de 5 points auraient un très faible impact en euros. Pour les smicards l’impact se compterait à quasiment rien. La France n’est pas autonome ne serait-ce que pour le pétrole, les autres pays voisins ont augmenté fortement leur tva ce qui a un impact sur nos exportations baisser la tva serait une heresie, les produits chinois seraient encore moins chers, augmenter la tva est la moins pire des solutions, si vous achetez des biens ou services pour 400 euros, une tva à 25 % aurait un impact de 20 euros! Qui depensent 480 euros par mois sur des biens à 19,6%? Un smicard ne depenserait pas le tiers de cette somme pour un frigo. Faut arreter de croire les medias demago, il faut se poser et prendre soi-meme une calculatrice.

      J'aime

      1. Pour ceux qui comptent sou par sou, 20 euros, c’est beaucoup. Combien de ménages n’ont pas 4000€ par mois ? Beaucoup, beaucoup. Pas même la moitié, souvent. En revanche, si la TVA baisse (tous les taux) pendant que l’impôt sur le revenu augmente (en nombre de tranches aussi), que la plupart des niches sont supprimées, là nous revenons dans un système plus juste. Surtout, si les revenus en France des expatriés sont déclarés en France, ou tout simplement bloqués à la Caisse des Dépôts. Au choix.

        J'aime

  3. Sauf que comme je vous le disais 20 euros c’est pour un revenu de 4000 euros, pour les smicarss c’est 1 ou 2 euros si on augmente la tva de 5 points! Baisser la tva et on sera encore plus envahi de produits importés et les emplois qui seront les premiers touchés seront les plus petits revenus. On ne peut absolument pas se passer d’une analyse internationale pour la consommation.

    J'aime

      1. Il n’y a même pas besoin d’aller contre l’ue. Il y a largement de quoi arreter les fraises et les tomates d’espagne qui utilisent des pesticides interdits au niveau de l’ue. Mais aucun syndicat agricole n’a porte plainte aupres de l’ue…beaucoup d’industrie se plaignent alors qu’ils ont les moyens juridiques de se defendre contre les pays a bas couts. D’ici a penser que le but est finalement deconstruire le systeme francais …c’est un pas que je franchis (surtout qu’on depense des dizaines de millions d’euros en amende de l’ue parce qu’on applique pas des directives europeennes quand ca arrange bien le gouvernement et les industries)

        J'aime

Extimise ton avis (Commentaire)>

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s