[Stéphane HESSEL, Présente]: La prison ruinée…

[Stéphane HESSEL, Présente] : La prison ruinée…

La prison ruinée..

J’ai lu le désormais célèbre  »Indignez vous’‘ de Stéphane HESSEL, j’ai aimé. J’ai fais état de mon indignation dans un précédent billet (Indignez vous ou Fermez là !), vous avez été nombreux à lire, je vous en remercie. Dans les commentaires de ce précédent billet, on m’a signalé la sortie en librairie d’un livre recommandé par Stéphane Hessel et, le trouvant fort intéressant, je décide de vous en faire profiter..: La prison ruinée de Brigitte Brami, aux mêmes éditions (Indigènes), dans la même collection , 40 pages pour 3 euros .

Brigitte Brami, 46 ans, a passé cinq mois à la maison d’arrêt des femmes à Fleury-Mérogis. Elle en rapporte ce petit chef d’œuvre de pensée et d’ écriture, à contre-courant.

La Prison ruinée. Un petit bijou littéraire, qui vient rappeler que l’engagement passe toujours par l’art. ‘’Créer, c’est résister. Résister, c’est créer’’ pour reprendre le slogan de notre cher aîné, notre cher Stéphane. (Indigènes Édition).

Extrait:

Les filles noires se protègent du soleil sous les arbres.

Une jeune Africaine de 19 ans se livre à un happening. Elle interpelle les promeneuses et déclame, avec une simplicité et un naturel bouleversants, des phrases qu’elle peine à articuler correctement :

«  Ils nous ont arrêtées. Ils nous ont jugées. Ils ont refermé derrière nous leurs lourdes portes. Ils ont resserré notre espace. Mais il y a une chose dont ils sont incapables : c’est arrêter le temps dont le passage nous délivrera tôt ou tard. » A peine écoutai-je ces paroles que, comme Genet quand il découvrit la première ligne de La Recherche du temps perdu, je sus qu’à entendre ces femmes, j’irai de merveille en merveille.

Le dimanche est aussi sacré, on ne saurait ainsi y déroger,  parce que les pique-niques y sont permis. Les détenues rivalisent en mets faits « maison » et c’est là, pendant la promenade, plus longue ce jour là, que tout se passe.

Il se passe qu’on joue aux cartes, qu’on fête de futures libérations, dans une ambiance très bon enfant. Il se passe que les potins vont bon train, qu’on fait également du business –  c’est-à-dire des échanges de tabac contre du Subutex ou des vêtements, par exemple. Il se passe surtout que les amitiés et les amours naissent ou se confirment Il se passe alors qu’on s’enlace, qu’on se câline, et que l’on marche, détenues, oui, mais surtout détendues et main dans la main. »

En vérité, nous sommes à Fleury-Mérogis, le plus grand centre pénitentiaire européen, dans la banlieue sud de Paris, et une femme, détenue, nous parle d’une société inversée où les vraies valeurs – d’amour, de solidarité, de jouissance, de confiance, de joie – se trouveraient et se réaliseraient de l’autre côté des barreaux, en prison.

La prison, oui, comme révélateur de l’essentiel humain, un monde ritualisé de l’échange sans argent, où les travailleuses ne sont plus dépossédées de leur force productive, où le corps et le désir brûlent de nouveau. Où le dimanche, à la messe,  « des ferventes à la beauté noire, allumée » libèrent Dieu pour le rendre à sa vérité insurrectionnelle.

La Prison ruinée, par Brigitte Brami, février 2011, n° ISBN 978-2-911939-82-2. 40 pages pour 3 euros .

A lire.

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