Conflit du Sahel: Nouvel échec de l’Europe de la Défense?..

4995777-7459879Conflit du Sahel: Nouvel échec de l’Europe de la Défense? C’est la question in fine du sujet imposé de mon édito de ce mardi sur MediaVox  sous le titre (L’Europe de la Défense est aux abonnées absents). Je pose quelques éléments de réflexion sur l’absence de l’Europe dans la gestion des conflits dans le monde. Cet édito n’est pas une exégèse sur la question, juste quelques pistes, une ébauche, que je vous livre in extenso.

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On peut se féliciter du chemin parcouru entre la France et l’Allemagne en ce cinquantième anniversaire du Traité de l’Elysée. Les ‘’ennemis héréditaires’’ fêtent les noces d’or d’une amitié marquée par quelques divergences politiques, mais l’essentiel des vœux de Charles De Gaulle et de Konrad Adenauer demeure.

Un grand absent pour ces noces d’or, une Europe de la défense qui peine à voir le jour en dépit des bonnes intentions de ces deux piliers de l’union européenne. Pendant que la France intervient au Mali pour sécuriser la Sahel et éviter l’implantation d’un club-Med du terrorisme à même de menacer l’Europe, l’Allemagne rechigne à s’invertir aux cotés de la France, ouvrant la voie à de timides critiques de la classe politique française sur les contours de l’engagement de François Hollande au Mali.

Au moment où les égoïsmes nationaux supplantent l’intérêt général, la responsabilité de ces deux grandes nations serait de redonner une perspective au projet européen de la défense pour répondre plus efficacement à la gestion des conflits dans le monde. .

 C’est quoi l’Europe de la Défense?

Une précision, et non des moindres, visible sur le portail web du Ministre de la Défense (Délégation aux affaires stratégiques): La défense européenne ne signifie pas la défense collective des pays européens contre une agression extérieure, qui reste garantie par l’OTAN, mais la gestion des crises à l’extérieur de l’Union européenne. Les pays européens ont d’abord cherché à sécuriser une zone aux frontières de l’Europe, donc potentiellement perturbatrice voire même dangereuse pour leur propre sécurité nationale

On va retenir ‘‘Gestion des crises à l’extérieur’’. La genèse, c’est la crise de l’ex-Yougoslavie, avec la nécessité d’une concertation et mutualisation des forces, pour faire face aux crises et autres conflits. Puis, dans le Traité de Maastricht (1992), le volet ‘‘Europe de la Défense’’ voit le jour via la politique étrangère et de sécurité commune [PESC] qui vise à faire de l’UE un acteur de sécurité à part entière.

Il faut attendre le sommet franco-britannique de Saint-Malo (1988) pour que soit posées les bases d’une politique européenne de sécurité et de défense [PESD]. Objectif: Coopération notamment en matière de capacités de défense, partage et de mutualisation des moyens dans un contexte de restriction budgétaire.

C’est le Traité de Lisbonne en 2009 qui élargit les domaines d’action de l’UE en matière de défense et la dote d’outils supplémentaires pour déployer ses missions et opérations de manière plus efficace, notamment l’introduction d’une clause de solidarité, qui assigne le devoir à chaque État membre de porter assistance, par tous les moyens (y compris militaires), à un État membre touché par une attaque terroriste ou une catastrophe naturelle ou d’origine humaine, ainsi qu’une clause d’assistance mutuelle, précisant qu’une agression armée contre un État membre représente une attaque contre tous. Nos interventions, hier en Libye et aujourd’hui au Mali ne rentrent pas dans cette case, mais dans le cadre de la ‘‘Gestion des crises à l’extérieur’’, mission première de l’Europe de la défense ! Enfin, je croyais…

Se pose le problème de la coordination des moyens bute sur une organisation complexe. En 1999 déjà, les Etats membres s’étaient engagés de prendre en charge l’ensemble des missions de gestion de crise définies par le Traité d’Amsterdam. L’objectif était alors d’être en mesure (dès 2003), de déployer une force armée dans un délai de 60 jours et de soutenir pendant au moins une année 50 000 à 60 000 hommes, c’est-à-dire toute une armée. Sauf que cette bonne volonté est basée sur le volontariat! Il y a une guerre au Mali, Qui veut y aller ? Y a-t-il des volontaires ? La France s’est porté volontaire, c’est à féliciter.

D’autres mesures existent. Le Groupement Tactique adopté en 2004. Un groupement est constitué d’une force interarmées, renforcé par des éléments d’appui tactique et de soutien logistique au combat, Il peut être formé par un Etat ou par une coalition multinationale d’Etats. On peut dire avec le risque de se tromper que l’intervention au Mali est un Groupement tactique formé par la France et la coalition multinationale africaine. On peut le dire.

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le pooling and sharing

Les ambitions souffrent de cette absence de mutualisation et de partage des moyens, le pooling and sharing, pour réduire les coûts et optimiser l’efficacité des capacités européennes. Soyons positifs, l’Europe de la défense peut compter sur  l’Eurocorps (60 000 hommes), une force multinationale constituée d’unités militaires de 13 États européens: Espagne, France, Italie, Portugal, Autriche, Finlande, Grèce, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Turquie. Il dispose d’un État-major permanent basé à Strasbourg et constitue un réservoir de forces qui peut être utilisé pour des missions relevant de l’Alliance atlantique ou menées sous l’autorité de l’Union européenne.

Problème : la décision d’emploi reste du ressort de chaque gouvernement des cinq nations cadres (Allemagne France, Belgique, Espagne et Luxembourg) et se fait par consensus. Le temps de le trouver, les terroristes seraient déjà à Tataouine.

L’intervention au Mali peut être vue comme un nouvel échec pour l’Europe de la défense. Les Anglais… (Non rien), la France se retrouve seule aux avant-postes face à l’attentisme des autres membres de l’Europe de la Défense. Le Ministre de la Défense Le Drian déclarait dans Libération en novembre 2011: «L’Europe de la défense est aujourd’hui une nécessité», il a raison et j’ajouterai, pour l’actuel conflit dans le Sahel, c’est aussi l’Europe de la défense qui est en jeu.

Le décollage de l’Europe de la défense se fait attendre, l’intervention française est justifiée comme le pensait Alain Juppé il y a à peine quelques jours. Il semble vouloir changer d’avis et s’interroge : ‘‘La France est-elle allée trop loin au Mali?’’. La réponse est une évidence:

Non, c’est l’Europe de la Défense qui n’est pas allée au Mali. Elle ne fait pas face à sa mission première : la gestion des crises à l’extérieur de l’Union européenne…

Elle se défend.

Billet publié sur MediaVox

Guy-Alain Bembelly

[Vidéo] Otages français détenus par Aqmi: une mission pour Nicolas Sarkozy…

Un site mauritanien d’informations en ligne, Sahara Medias, a publié une vidéo montrant séparément cinq des six otages français détenus dans le Sahel par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) tournée lors des « derniers mois du pouvoir » de l’ex-président français Nicolas Sarkozy.

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius a déclaré récemment : « il faut mobiliser les moyens pour dezinguer Aqmi ».

À moins que, Nicolas Sarkozy, interpellé dans cette vidéo ne se dévoue. L’ancien Résident de L’Elysée, a l’opportunité de se rendre (enfin) utile. Déjà en Afrique, le probable Conseiller du Roi du Maroc pourra bénéficier des … Conseils du Roi et, de son immense réseau dans le Sahel.

Au boulot.

Lire l’article sur Jeuneafrique.com