Merci Maman et, au revoir petite soeur…

Merci Maman et, au revoir petite sœur….

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J’aurais pu écrire un billet pour rendre hommage comme c’est courant. J’aurais dû faire l’éloge de l’amitié pour témoigner des instants de vie que j’ai partagé avec deux êtres aujourd’hui à l’orient éternel… J’écris ces mots juste parce que j’en ressens le besoin, le besoin de graver dans la roche un ressenti, un souvenir…

Mais au-delà, une joie. Oui, je veux partager la joie de vivre de cette maman que j’ai fais mienne, de cette femme qui a comblé l’absence de ma mère pendant mes années d’études universitaires à Lyon dans les années 90. C’est aussi le souvenir joyeux d’un ‘’fils’’ à sa mère, d’un ‘’frère’’ à sa petite sœur. Et, l’amour d’un ‘’orphelin’’ à sa famille d’accueil…

Grande dame, Mama Africa par sa prestance et son élégance, elle nous a donné une vraie leçon de vie. Ce dernier voyage en compagnie de sa fille cadette,  peut et doit être vécu comme un symbole. Symbole de la maternité, du cordon ombilical qui se renoue dans ce voyage accompagné, symbole de la vie partagée…

En ce samedi du 22 janvier 2011, elles nous ont réuni pour un dernier message : celui de la tolérance. Elle est musulmane d’Afrique noire, notre petite sœur chrétienne et, la cérémonie s’est déroulée dans un lieu géométriquement parfait, dans l’Eglise de la ville. Aux premières loges, le Papa, les enfants, les frères et sœurs, les amis et les petits enfants, dont Isaac avec sa Kipa…. Sur l’hôtel, les élèves de l’Ecole de Santé des Armées pour un hommage à leur amie et collègue. La présence de Mme l’aumônier militaire pour le culte musulman à l’Ecole de la Santé de Lyon, aux côtés du curé de la paroisse était l’image de cette cérémonie rare, riche  d’enseignements.

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Cette image est un symbole. Au delà de la fin de vie, y voir une espérance, une humanité et beaucoup de tolérance…

  • Le linceul vert recouvert d’écrits coraniques marque l’appartenance religieuse de la mère pendant la lecture des prières musulmanes en compagnie de sa fille chrétienne.
  • La mère et la fille se préparent à un voyage éternel sous le regard bienveillant de la Sainte Vierge Marie et de l’Enfant Jésus. La mère et l’enfant…
  • La croix chrétienne sur le mur à droite, les textes sacrés de l’islam, la République sur le bouquet offert par la municipalité de Bron etc.… autant d’images de sa relation d’appartenance dans la communauté des hommes, du devoir citoyen accompli…
  • Pendant l’office musulmane, une femme faisait la Messe dans une église chrétienne….
  • D’autres symboles, sociales sont à lire sur cette image d’espérance pour un meilleur vivre ensemble…

Malgré le froid glacial de cette fin de matinée, il y’avait comme un air d’hymne à la joie le long des arcades de l’Eglise et sur les parvis ou s’était entassé la foule immense des amis, par faute de place à l’intérieur de l’édifice.

Derrière l’Eglise, le lieu de sépulture. A la tristesse visible de l’assemblée se mêlaient des sourires à l’évocation des tranches de vie passées.

  • Aujourd’hui encore, elle nous a donné une vraie leçon d’humanité, m’a dit Vivien…
  • Elle doit se foutre de notre gueule là ou elle se trouve … lança un autre
  • Ah Sacré Jeanne… soupira une de ses copines…

Et, comme une caresse sur nos visages attristés, comme une chaleur maternelle pour nos âmes endolories, un très grand rayon de soleil fit son apparition à la fin de la cérémonie, juste quand Isaac du haut de ses 5 ans, balançant sa kipa, murmura : Au revoir Mamie, au revoir Tata, je vous aime….

Des agapes amicales et fraternelles ont réunis la famille dans la bien nommée salle de la galaxie. La chaleur des échanges, les senteurs des épices, le verre de l’amitié, les brouhahas de nos évocations et, les quelques prières d’espérance deci delà ont fini par dissiper les doutes en nous. Au loin, le bruit perceptible de l’autoroute nous rappel que la vie continue, que notre route est tracée, longue, sinueuse et riche de cette tranche de vie commune. Merci maman et, au revoir petite sœur….

 

Partageons mon mouton égorgé du jour : la Tabaski…

Partageons mon mouton égorgé du jour: la Tabaski…

Partageons... Partageons…

Levé tôt ce matin, j’avais rendez vous à ma banque pour une écriture comptable. Dans les transports en commun, j’ai eu le plaisir de rencontrer un ami que j’avais perdu de vue, iDriiss. Il était accompagné de son jeune fils, A peine 5 ans, ils se dirigeaient vers la ‘’Mosquée’’. Durant le trajet de cinq minutes, on a reparlé des années fac, de notre passion partagée de l’informatique et du boulot. Non, il n’allait pas travailler ce matin, il n’était pas en grève non plus. Il avait juste posé une journée de travail pour célébrer en famille la fête musulmane de l’Aïd el-Kebir

Alors me vient une question, C’est quoi l’Aïd el-Kebir? Qu’en savais-je ? Des mots pour seules réponses: Fin de jeun, fête religieuse des musulmans etc. J’ai pensé faire un billet à ce sujet. Comment l’écrire sans tomber dans les travers du déjà lu ? De la polémique inutile, des fausses excuses pour encore fustiger les us et coutumes de ceux qui nous sont différents etc.

Pour le titre, sans hésitation, j’ai pensé à des références du réseau social @twitter : l’œuf pondu du jour de @guybirenbaum, l’Epicier du Net qui propose tous les matins son oeuf pendu du jour,  Partageons mon avis de @jegoun qui parle de tout: S’il fallait connaître quelque chose en politique pour en parler, ça limiterait l’intérêt de la démocratie et la recette des bistros. Suivant ce conseil et pour rester dans les voies tracées par ces adeptes de Twitter, mon billet s’intitule :

Partageons mon mouton égorgé du jour: la Tabaski Partageons mes souvenirs, égorgeons mes agapes d’antan. Je ne vous garantie pas la qualité du mouton ni sa cuisson, ce sera peut-être juste qu’une vache.. Voila pour la concaténation et l’invitation au voyage…

Revenons à mon billet. Mon fils me faisait remarquer qu’il y’aurait beaucoup d’absent dans son collège ce mardi pour l’Aïd. C’est une fête courante, inscrite dans le subconscient collectif, célébrée par les musulmans de France (et du monde). L’Aïd el-Kebir ou Aīd al-Kabīr (en arabe العيد الكبير, signifiant littéralement «la grande fête»), est l’une des fêtes les plus importantes de l’islam.

Je pensais ne pas l’avoir célébré, erreur. Cette une fête populaire de mes années jeunesse, à Brazzaville (République du Congo). Si, je m’en souviens, à ceci près que je la connais sous le nom de Tabaski. Oui la Tabaski !!! Yes !!! c’est l’Aïd el-Kebir chez les musulmans de l’ouest africain.

En plus, « Tabaski », c’est facile à retenir.  Fête du mouton, c’est ce que l’on croyait. Facile car en congolais Mouton se dit N’Taba. Dans ce mot on retrouve le ‘’Taba’’ de Tabaski. Facile, le lien était fait. Tabaski = Fête du mouton! En plus, c’est pas faux.

Brazzaville, sur les rive du fleuve Congo
Brazzaville, sur les rives du fleuve Congo

La Tabaski (Aïd el-kebir), commémoration du sacrifice d’Abraham, était célébrée chaque année dans les familles ouest africaines de Brazzaville, par le rituel du sacrifice d’un mouton. Je garde un très bon souvenir de cette journée particulière avec mes amis d’enfance: Baba (il était rondelet certes, mais cool), son frère ainé, Salé, les cousines Aminata, Fatoumata, etc.

Nous partagions leurs repas, leurs joies et peines. La tenue traditionnelle était de rigueur. Pour les garçons et filles de mes souvenirs du Quartier Poto-poto à Brazzaville, la journée commençait par un attroupement devant l’échoppe de Mr FANTA. Distribution des sucreries, gâteaux et autres friandises. Collation traditionnelle et surtout, des sourires enjoués d’une riche journée à venir.

Pour la Tabaski, dans les échoppes des ‘’sénégalais’’ ou ‘’Ndingari’’ -appellation péjorative attribués à l’ensemble des Ouest africains de Brazzaville Congo- c’était journée de prière et surtout de partage. C’est ce deuxième volet qui nous mettait en joie. Ce n’est pas peu dire.

Avec mes potes Baba, Salé, Diallo, Ange, Doucouré, Rémy, Bonaventure etc., nous faisions la ‘’tournée’’ des tontons et cousins de la famille FANTA. Les enfants recevaient des offrandes lors de ces visites, des bijoux et surtout des sous, des billets de franc CFA, beaucoup de sous!!! Ils tenaient pratiquement tous des magasins de tissus, de biens alimentaires autour du Grand marché de Poto-poto Brazzaville. Oui, dans les années 70, l’essentiel du commerce de proximité était entre les mains des Ouest Africains. Ils importaient des denrées alimentaires, des ballons de tissus, géraient les ‘’boutiques’’ de divers produits d’importation, des biens électroniques, une partie de l’économie.

Autour du marché de Brazzaville

À cette occasion, Brazzaville se métamorphosait par l’omniprésence des moutons sur les marchés et l’inextricable circulation causée par les mouvements d’une population pressée de passer la Tabaski en famille. Comme ici, en famille ou avec des amis. C’était aussi l’occasion de visiter les habitudes traditionnelles de nos amis ouest africains, de voir et percevoir leurs relations de parenté et d’alliance, leurs réseaux religieux et professionnels, apprendre à mieux les connaitre.

Spirituellement, La Tabaski (Aïd el-Kebir) commémore la soumission d’Ibrahim à Dieu, symbolisée par l’épisode où il acceptait d’égorger son fils Ismaël  sur l’ordre d’Allah, celui-ci envoyant au dernier moment un mouton par l’entremise de l’archange Gabriel pour remplacer l’enfant comme offrande sacrificielle. En souvenir de cette soumission totale d’Ibrahim à Dieu, les familles musulmanes sacrifient un mouton ou un bélier, mais parfois d’autres animaux comme des vaches ou des chèvres, en l’égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque, après la prière et le sermon de l’Aïd.

Selon les traditions juive et chrétienne, tirées de la Torah (1ere partie de la Bible), dans l’épisode du sacrifice, c’est le second fils d’Abraham, Isaac son héritier qui a failli être sacrifié, et non Ismaël.

L’Aïd el-Kebir est nommé la Tabaski en Afrique de l’Ouest francophone (Sénégal, Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Togo, Niger, Cameroun) et par exemple au Nigéria. Chez les Berbères, en Afrique du Nord, il est appelé Tafaska. En Turquie, il est appelé Kurban Bayramı et dans les Balkans, Kurban Bajram.

Pour la Tabaski (Aïd el-Kebir) les musulmans où qu’ils soient, glorifient la grandeur d’Allah par le takbir comme suit :

Allah akbar, Allah akbar,laa ilaaha illa Allah wa Allah akbar, Allah akbar wa lillahi al-hamd

Traduction :  » Dieu est le plus grand, Dieu est le plus grand, il n’y a pas d’autres divinités à part Allah et Dieu est le plus grand, Dieu est le plus grand et à lui seul lui sied la Louange. »

Ils doivent le prononcer autant qu’ils peuvent dans les mosquées, dans les maisons et les marchés. Les hommes le proclament à haute voix tandis que les femmes le font à voix basse, depuis la veille jusqu’à la prière du lendemain, jour de fête. Le matin très tôt, les musulmans mangent un nombre impair de dattes selon la sunna, puis après s’être purifiés par les ablutions et s’être parés de leurs plus beaux vêtements, ils se rendent au lieu de prière (à l’extérieur). Ils prient deux unités de prière et écoutent le sermon de l’imam qui les exhortent à craindre Dieu et à multiplier les actes d’adoration et de dévotion et à les parfaire afin qu’ils récoltent le succès au jour de la Résurrection. Enfin, l’imam égorge sa bête (mouton, chèvre, vache, chameau…) au nom d’Allah, sur le lieu de sacrifice ensuite les fidèles l’accomplissent à leur tour. L’islam incite les croyants à remercier Dieu pour ses bienfaits, et à partager la viande avec les plus pauvres dans un esprit de recueillement et de fraternité… Cette tradition s’appuie sur la sourate 22 (dite du « pèlerinage »).

Boulevard de la tolérance ?
Boulevard de la tolérance ?

Pour nous les enfants dé Brazzaville, la ‘’récolte’’ financière était toujours très bonne. Des dizaines de billets de franc CFA remplissaient nos poches recousues pour l’occasion. Nous étions les rois de la ville. C’était l’occasion des grandes dépenses, des folies. Visite du Parc Zoologique, repas fastueux dans les pâtisseries chics du centre ville, déplacement en taxi, achat de présents onéreux au centre commercial ‘’Score’’ habituellement réservé au pouvoir d’achat de expatriés français et autres occidentaux de la ville.

Nous en profitions souvent pour équiper notre club de foot amateur de beaux maillots (souvent des Tee Shirt sur lesquels nous imprimions le nom du club et les dossards à la peinture), achat des ballons de foot etc. On se permettait tout, on pouvait. La Tabaski ?, c’était notre YesWeCan des années d’insouciance…..

Dimanche, j’irai à Notre-Dame-de-Fourvière, je saluerai Marie en brulant un cierge et je dirai à Notre Père, qui est aux cieux, que la tolérance soit sanctifiée. Amen.

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