Ce matin, j’ai – encore – rendu visite à mon père…

[Billet rédigé le 01 Nov. 2011] Relire ⤵️ Réveillés par le doux bruit du voisinage dès les premières lueurs de l’aube, nous étions excités par cette visite tant attendue: Rendre visite à mon père.

L’attente fût longue, très longue. Enfin! Alain-Gilles et Angélique allaient pouvoir se rendre chez Papy, lui dire bonjour et combien il leur leur manquait. Nous étions ailleurs, loin,  perdus dans nos pensées, dans cette maison de famille, chez moi. Et pourtant tout était nouveau.

Dans cette grande demeure blanche que les enfants et ma femme découvraient depuis trois petites heures seulement, la joie de la découverte  avait pris le dessus sur la fatigue d’un long voyage. Pas de décalage horaire à une heure près, température tropicale des matins d’Afrique, chant du coq en guise de réveil, on allait enfin rendre visite à mon père.

On était dans la « Grande maison » de mon père mais il n’y était pas. Absent mais présent. Oui elle est grande la maison de père, avec ses hauts plafonds « à l’Africaine », ses larges fenêtres style persiennes en bois verni, horizontales,  protégées par un léger voile en nylon – pour se protéger des moustiques -. Je redécouvrais mon espace de vie après de si longues années d’absence. Toute une vie. Mes enfants allaient enfin trouver les réponses à certaines de leurs questions. Il était 09h00, la table du salon taillée dans une essence de wengué – bois noir- nous a réuni pour un petit déjeuné  local: beignets de farine, bouillie de manioc, une découverte & curiosité pour les enfants et Maman. Nous étions dans la matrice de mes valeurs familiales. Mon père? Il nous fallait attendre encore un peu pour enfin « le voir ». Oui,  il y a plusieurs demeures dans la grande maison de mon père…

Dans le taxi qui nous conduisait vers l’autre demeure de mon père, aucune tristesse visible sur nos visages fatigués par ce long voyage, la traversée de la ville s’est faite en silence. À travers vitres comme sur un écran couleur, défilaient des images rêvées, des sons nouveaux comme dans un documentaire qu’on peut intituler par « Matins d’Afrique, première ». Puis, nous y étions, c’était là, dans ces allées inexistantes derrières ces herbes folles, dans ce lieu paisible et mal entretenu à la fois, fréquenté par quelques badauds en quête de visiteurs perdus qu’ils pouvaient renseigner moyennant finance. Là, se trouve la « Petite maison de mon père ». Cette petite maison rectangulaire n’a qu’une entrée, deux petites ouvertures sur les cotés, des claustras qui laissaient passer la lumière du jour et le bruit du silence extérieur. Sur le marbre à même le sol, une inscription avec mention de mon identité: BEMBELLY. , le liant

Debout sous la voûte de la demeure de mon père, dans cet espace géométriquement parfait, le silence s’impose pour un moment solennel entrecoupé de mots, des p’tits mots et de sanglots pour soulager mes maux, l’absence. Et les enfants ont enfin dit ‘’Bonjour Papy’’. Puis, j’ai présenté ma femme à mon père, et nous étions là, en famille, enfin réunis dans la maison de mon père. Ascèse.

Puis nos pas nous ont entraîné vers la lumière du jour, dans le brouhaha de la ville comme un rappel à la vie qui continue. Les vacances en Afrique pouvaient enfin commencer. END.

Back. Au petit déjeuner de ce matin de la Toussaint ici à Lyon, Les céréales au miel ont remplacés les beignets de farine, le lait et la bouillie sucrée de manioc. À travers la fenêtre de la cuisine, le feuilles des platanes faisaient penser à celles du manguier des voisins de la maison de mon père. C’est l’automne, nostalgiques, les enfants ont reparlé de cette visite initiatique du 10 d’août 2011 sous les tropiques. A nouveau, nous avons rendu visite à mon père. Par la pensée.

Ainsi soit- … nous.

Guy-Alain BEMBELLY,

Lyon, 01 Novembre 2011.

19 réflexions au sujet de « Ce matin, j’ai – encore – rendu visite à mon père… »

  1. J’ai mon père au téléphone … sa merveilleuse voix douce et pourtant si timbrée que le grand âge n’a pas altérée … Il dit  » Peut-être que dans six mois, je ne serai plus là  » …  » Ah non ! Papa, tu nous fait pas ce coup-là, parce que moi, je ne suis pas prête ! … »  » Mais moi non plus, je ne suis pas prêt, ma fille. » …
    Merci à toi pour cette émouvante visite à ton père, dans le jardin où poussent librement les herbes … Que c’est dur d’être loin des siens …

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  2. Plusieurs fois que je tombe sur ce blog, (contactes commun oblige…) cette fois c’est décidé je m’abonne. (bien que je suis assez allergique à la politique) Au passage, très belle note et à bientôt

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  3. Tendre est cette nostalgie…..l’écho d’un père nous parle sans cesse dans le silence et la solitude… dont on entend infini l’essentiel. Merci cher ami pour ton joli billet qui nous rapproche tous dans cette vie fugace. Belle et dessinant un avenir mirifique! yves

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